12/11/2007

L'observateur télévisuel. ARTE : Nos terroirs sont-ils foutus ?


camembert
Demain, mardi 13 novembre, ARTE nous propose un Thema sur la mondialisation et ses effets sur nos terroirs.
En partant des exemples du camembert et de la pêche, ARTE braque ses projecteurs sur ceux qui tentent de s'adapter aux lois du marché tout en défendant leur terroir.
Voici ce qu'en dit la chaîne :

Quand la mondialisation se nourrit du terroir



Le terroir et la mondialisation. Deux notions très vastes qui charrient des idées bien précises dans l'imaginaire collectif. Un terroir tout blanc et une mondialisation toute noire ? Un raccourci bien simpliste au regard de leur impact social et économique, de leur dimension humaine et culturelle.

Le tourisme vert, les gîtes ruraux, le plat typique autour d'une vieille table en bois. Tels sont les clichés véhiculés par l’image du terroir, les instantanés que recherchent les adeptes du retour à la nature. Il faut de l'authenticité, le parfum de la tradition, les effluves de la convivialité liées à l'idéalisation d'un passé. Il s'agit en fait de prendre du plaisir. Le terroir a une connotation affective, il évoque le dialogue entre la nature et la culture, et surtout, il rassure.
Et ce même si le « produit du terroir » renvoie à l'image d'un certain luxe ou d'un caprice. Car, et c'est là ce qui fait la différence, le terroir a un prix. Et quand on peut se l'offrir, on n'hésite pas. Il n'y a qu'à constater la concentration des épiceries fines, des commerces bio, des fromageries de quartier et des fabriques artisanales dans les campagnes.

Le terroir comme repère
Par exemple, un camembert ou un Saint-Nectaire fermier remportent à coup sûr les suffrages face à un fromage sans âme élaboré en quantités industrielles. Idem pour le pain. Le Français et sa baguette, c'est une baguette croustillante, craquante, à la mie aérée et digeste. Et non des ersatz caoutchouteux de grande surface ou de chaînes boulangères.
On recherche donc avant tout un goût, une odeur, un repère face à l'agressivité de la mondialisation ; on fait aussi confiance à un label. Agriculture biologique (AB) pour attester d'une qualité environnementale, Label Rouge agricole de qualité supérieure, appellation d'origine protégée (AOP) au niveau européen et déclinée en France en AOC… Pour le coup, cette appellation d'origine contrôlée représente une garantie solide pour le consommateur, en plus de constituer un moyen de défense du terroir. Quand un produit est réputé et qu'il dépasse les frontières, il faut le préserver. Et le répertorier, en France, à l'INAO, l'institut national de l'origine et de la qualité. L'ordonnance française du 7 décembre 2006 valorise justement les produits agricoles, forestiers ou alimentaires et les produits de la mer.
Au niveau européen, l'AOP date de 1992 et protège, d'après la définition de la Commission européenne, « la dénomination d'un produit dont la production, la transformation et l'élaboration doivent avoir lieu dans une aire géographique déterminée avec un savoir-faire reconnu et constaté ». L'AOP fédère ainsi l'AOC française, la geschützte Ursprungsbezeichnung (gU) allemande ou encore la Denominazione di Origine Protetta (DOP) italienne. En somme, uniquement des éléments bien concrets de terroir.

Saint Graal au nom du profit
Illustration avec la feta grecque qui fait partie des quelque 150 fromages, beurres et crèmes étiquetés AOP en Europe. Depuis octobre 2005 et une décision de la Cour européenne de justice, il a été reconnu que la feta est « le fruit de la tradition ancestrale du pâturage extensif et de la transhumance » et que « la flore spécifique » de « certaines régions de Grèce » lui confère « une saveur et un arôme particulier ». Impossible donc de faire de la feta une appellation générique alors qu'auparavant 90% de la feta provenaient essentiellement de France, d'Allemagne et du Danemark. Le groupe français Lactalis a notamment dû éliminer le mot « feta » de l'intégralité de sa production.
Autre exemple avec le tokay, devenu une exclusivité hongroise le 1er avril 2007. L'Alsace et son Tokay Pinot Gris ainsi que l'Italie, avec son Tocai, perdent ainsi une appellation renommée, ce qui permet toutefois d'éviter la standardisation des vins. D'après Jonathan Nossiter, réalisateur du documentaire Mondovino et auteur de Le goût et le pouvoir (Ed. Grasset), les vignerons-artistes savent « créer une identité bien définie et méritée » en tirant de leur vigne l'expression d'une histoire et d'un sol. Malgré tout, il ne faut pas se recroqueviller sur soi-même car le terroir est aussi « une volonté d'avancer vers l'avenir en demeurant solidement ancré dans un passé collectif ». C'est dans cette faille que s'engouffrent les gourous du paradis néolibéral : les multinationales font donc du terroir un nouveau créneau porteur et partent en quête d'un saint Graal au nom du profit. La mécanisation remplace la fabrication façon « grand-mère » et les produits du terroir s'imposent dans les rayons spécialisés des hypermarchés.

PAC et mondialisation : le prétexte environnemental
Bien souvent, la science s'en mêle. Et pour proposer du 100% typique et artisanal, on perfectionne la qualité des matières premières. On croise génétiquement les vaches afin d'optimiser le goût de la viande, on sélectionne les blés en fonction de leur teneur en protéines et en gluten, on cherche à maîtriser les présures naturelles des fromages pour les conserver plus longtemps et on contrôle la température de macération et de stockage des vins pour mieux les stabiliser.
Etait-ce pour autant mieux avant ? Pas forcément nécessaire de réciter cette litanie puisque la mondialisation offre aussi ses avantages, en dépit des dégraissages sociaux ou de l'uniformisation du goût de consommateurs prévisibles et « dépourvus de toute dimension idéologique ». Elle permet d'investir de l'argent dans de nouveaux espaces et d'insuffler progrès technique puis croissance économique dans des régions à la santé parfois précaire. Peuvent donc se développer des bassins d'activité avec des emplois à la clé.
Ne négligeons enfin pas le rôle de la politique agricole commune (PAC). L'objectif d'un marché agricole commun est louable au départ, comme exprimé dans l'article 39 du Traité de Rome en 1957 : il s'agit d' « accroître la productivité de l'agriculture grâce au progrès technique, de stabiliser les marchés, d'assurer des prix raisonnables de livraison aux consommateurs et un niveau de vie équitable à la population agricole par le relèvement du revenu individuel ». Et donc de favoriser un protectionnisme européen grâce à des subventions. A défaut, le nombre d'agriculteurs en activité serait en chute libre.
Mais aujourd'hui, l'intervention publique au profit du monde agricole se justifie aussi politiquement. L'agriculture productiviste ou l'étiquette du terroir s'inscrivent de toute façon dans un objectif d'intérêt général reconnu, celui de la protection de l'environnement et de la mise en valeur de l'espace rural et de son développement. Et qu'elle soit appréciée ou stigmatisée, la mondialisation a là aussi son mot à dire puisqu'elle renvoie à la puissance de l'argent.
Tous à vos magnétoscopes et autres graveurs.

10:54 Écrit par Christian dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Blog en anglais Suite à votre remarque

Michael Edwards est Britannique et écrit sur les vins dans la presse anglaise et américaine. J'ai construit son blog sur une adresse .be, mais ses lecteurs sont anglophones.

Espérant avoir éclairé votre lanterne

H. LALAU

Écrit par : Hervé LALAU | 16/12/2007

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